Compte-Rendu - Atelier Durabilité des investissements

26/09/2019 | EIFR

Introduction par Edouard-François de Lencquesaing

En posant cette question, cet atelier de l’EIFR veut moins considérer les investissements notoirement « verts » (plus exactement « bas/zéro carbone » en l’occurrence), ceux conformes à la taxonomie de l’UE, que la « poche » la plus volumineuse de la finance et de l’économie « mainstream », sachant que le verdissement de la finance et de l’économie ne sont qu’embryonnaires. Il doit encore se faire, au prix d’une transition de l’ensemble des activités.

Or c’est à cette condition que les investissements seront en ligne avec les objectifs de soutenabilité de l’UE (à l’aune du dérèglement climatique en premier lieu), ce qu’une forte demande sociétale quasi-mondiale semble appeler de ses vœux…

C’est pourquoi le focus privilégié ici porte sur le « brown ». Puisque la présence du « vert » est marginale, en pratique, l’essentiel de l’économie se retrouve donc dans le périmètre de la question posée ce matin. Solutions et processus « green » existent, il est vrai, mais ils sont encore assez peu répandus. C’est leur adoption au cœur des métiers de production ou de service, de tout secteur, qui engendrera la transition et l’avènement d’une économie capable de restreindre, voire stopper, sa contribution au dérèglement du climat de la planète. La priorité est donc d’accompagner, le temps nécessaire (et il se mesure en années encore nombreuses) des activités économiques aujourd’hui principalement « brown » vers une empreinte carbone optimale, dans le but de contrer le renforcement de l’effet de serre, moteur du « réchauffement » du climat. Cette dynamique vers le verdissement concerne ainsi, en réalité, 100% de l’économie.

La finance dans son rôle d’allocation du capital doit soutenir et encourager cette dynamique, en faire un critère central au sein triptyque ESG, que ce soit en crédit ou en fonds propres.

Dans ce contexte, une politique d’investissement « climatiquement » responsable des sociétés de gestion est clé pour mobiliser significativement les investisseurs et influencer les émetteurs. Il s’agit d’être à la fois pragmatique et ambitieux, à l’aune des impératifs écologiques et de stabilité du système financier. Et donc, d’objectiver et d’intégrer une stratégie de transition du « brown » au « green » progressive. Cette stratégie implique d’identifier dans chaque catégorie d’activité les agents en pointe, ceux qui font le plus d’efforts pour contribuer positivement au défi climatique. Lesquels se distinguent par leur empreinte carbone « best in class ».

Pour l’heure, exclure tout ce qui n’est pas « vert » reviendrait à restreindre le champ d’action d’une manière insoutenable. Accompagner, gérer la transition du « brown » au « vert » supposent une métrique et une régulation intelligente -cette smart regulation que l’EIFR prône depuis sa naissance et cherche à éclairer par le dialogue, en réunissant périodiquement experts, régulateurs et régulés.

1/ Pour une stratégie d’investissement durable, le point de vue de l’assureur sur les risques climat et critères d’investissement est exposé tout d’abord par François Garreau, responsable de la mission RSE auprès du ComEx de Generali France, Pdt de la Commission Développement Durable de la FFA. L’analyse des risques pour l’investisseur est, certes, depuis toujours le cœur de métier de l’assurance mais en l’espèce, l’assureur est face à une double difficulté, pointe-t-il : « On change de monde » à double titre. En effet, la sphère financière est « sommée » de considérer les impacts écologiques que son industrie empêche ou favorise (il y a peu, ce n’était pas dans ses attributions) ; et réellement, le monde physique est en train de changer aussi. Le dérèglement climatique et le déclin de la biodiversité menacent la vie humaine, et ce faisant, les agents et ressources économiques de la planète. Or, les modèles d’analyse éco-systémiques actuels sont très insatisfaisants estime-t-il. Dans ce cadre, évaluer la résilience, réduire raisonnablement la sensibilité aux risques sont des exercices particulièrement scabreux ; il n’existe pas beaucoup de certitudes fondées sur les données disponibles. L’interdépendance biologique, de même que celle générée par les supply chains notamment des sociétés cotées, de plus en plus diffuses et complexes, pose des problèmes difficiles à cerner. Comment prédire le « plongeon » d’un titre, comme ce qui s’est produit au moment du Tsunami à l’origine de l’accident de Fukushima, qui a « irradié » l’industrie des semi-conducteurs confrontée à une rupture d’approvisionnement impromptue ? Ou les faillites en chaîne, consécutives à un défaut d’entretien d’un câblo-opérateur, par exemple ?

Accompagner les points de fragilité, construire une offre d’assureur pouvant couvrir les aléas relèvent bel et bien de la responsabilité du secteur de l’assurance et à cette fin, les critères ESG sont un plus, hélas non suffisant ; or il revient bel et bien aux assureurs de fournir plus d’infos et de data aux financeurs, matière première de leurs activités.

Face à tous ces challenges, un besoin de dialogue apparaît nettement : personne ne gagne dans un monde qui perd, souligne-t-il. « L’auto-acculturation et aussi, l’acculturation de nos propres clients sont clefs. Cela implique d’embarquer en premier lieu nos agences, d’être l’avocat de cette cause - la durabilité des investissements- sans perdre de vue les réalités physiques derrière cette noble ambition. Mais qui décide des seuils soutenables ou pas, pour les impacts mesurés, constatés -qui peuvent être aussi contestés d’ailleurs- ? Sans prétendre avoir toutes les solutions -personne ne sait- j’adhère à la vision de la « Tragédie des horizons » à la base de la dynamique en vigueur dans notre secteur ((http://global-warning.fr/wp-content/uploads/2016/03/Carney-tragedy-of-the-horizon-sept-2015-Trad-M.Lepetit.pdf)). Elle plante bien le décor qui est désormais le nôtre. La gouvernance à 5/10 ans, on sait faire; son articulation avec celle qu’il faudrait pour faire face à la tragédie des biens lointains est l’un des nœuds de la problématique posée pour garantir la stabilité et, en même temps, organiser une nécessaire mutation.»

2/ Centrée sur la gestion de portefeuilles d’actions cotées (la dette est en l’occurrence hors sujet) la stratégie « Smart for climat » de Fideas Capital est positionnée par son Président, Pierre Filippi comme la plus optimale manière d’accompagner la transition du « brown » au vert, via une discipline d’investissement appliquée aux portefeuilles. A savoir la sienne, laquelle vise à « récompenser » les émetteurs qui réduisent d’une année sur l’autre leurs émissions de CO2, comparées à celles de leurs concurrents du même secteur d’activité. Il s’agit, essentiellement, d’une ré-allocation vers les meilleures valeurs de la classe au détriment des « pires », destinée à faire tache d’huile puisqu’au lieu tourner le dos à des secteurs entiers (ce qui n’est pas incitatif et laisse le problème entier) ou de se focaliser sur les seuls leaders (au détriment d’un mainstream en mal d’accompagnement), ce sont les efforts des « méritantes » que la sélection du gérant encourage. Ses arguments : en tant qu’investisseurs, « outre la pression des consommateurs, nous devons avoir à l’esprit le momentum boursier qui va dans le même sens : l’émission de CO2, son impact en revenus et en charges, en font un critère financier à part entière. Une dévalorisation des émetteurs excessifs de CO2, chacun dans son métier, dans son secteur, devient hautement probable. Elle est sensible et matérielle. La règlementation européenne fait du carbone un coût d’exploitation, directement dépendant des émissions des sociétés (et il ira croissant, à n’en pas douter) ; le marché européen des quotas revu et corrigé de ses défauts de jeunesse, les prévisions de prix de l’UE plaident en faveur de la réduction de ces émissions (taxes « carbone » prévisibles). Enfin, attention, sur ce terrain certains pays avancent plus vite que nous ». Son credo : un supplément de rentabilité attendu du coût du carbone, de la sélectivité des consommateurs, de l'effet momentum amplifié demain par une « Inevitable policy response » -une revanche de la régulation (en ligne de mire)-. Son savoir-faire ? « Smart for climat prend en compte dans les pondérations des valeurs la notation carbone propre à chaque métier, avec un objectif raisonnable de baisse apprécié au cas par cas, sans biaiser la performance ni modifier substantiellement les équilibres du portefeuille définis par la stratégie d’investissement choisie puisque, notamment, cette stratégie va tempérer les brusques surcoûts d’adaptation énergétique sinon imposée, in fine, aux sociétés. Elle sera efficace pour le climat en se diffusant (car elle reconnaît les progrès) ; elle incite les sociétés à améliorer leur participation à la transition pour relever leur notation. Leurs résultats, à l’aune de leur empreinte carbone, concourent à la baisse de l’intensité carbone du portefeuille. Smart climat vise -25% dans un premier temps, tout en préservant la performance financière, et -50% d’ici 2030. L’effet d’allocation et de ré-allocation, dans ces conditions, comme accélérateur des politiques de transition est mesurable et non négligeable.

Ce mouvement sera renforcé, estime-t-il, par le durcissement des règles d’investissement des grands investisseurs, dans le droit fil de leur obligation de rendre compte des émissions de carbone de leurs portefeuilles d’actions (cf loi de transition énergétique) et la quête de sens montante des investisseurs particuliers.

En France, le meilleur véhicule de propagation est, du point de vue de Pierre Filippi « l’OPCVM ouvert. Le volume des encours de la Bourse de Paris est comparable à celui des seules caisses de retraites du Royaume-Uni. Il est urgent d’accélérer la création de ces fonds gérés selon une telle discipline d’investissement, et d’innover en produits dérivés idoines pour soutenir la conversion massive de l’économie à des modes de production et de consommation de plus en plus bas carbone. Pour l’heure, une classe d’actifs 100% propres est encore dans les limbes ». Ni un Gosplan, ni la décroissance ne sont la solution. Financer pour accompagner la transition du « moins en moins sale » vers le green, oui,  conclut-il.

3/ Vu côté dette, le financement du « Grand Paris » illustre un autre aspect. En l’occurrence, le financement d’infrastructures « pour une mobilité durable» du ressort de la Société du Grand Paris (SGP), se voulant emblématique des engagements portés par la France lors de la COP21. Un exemple « 100% vert » estime Etienne Oberthür, Responsable du financement et de la trésorerie de la SGP et Trésorier référent à l’AFTE en matière de finance verte et responsable. Inhérentes à ces « Greenbonds », deux conditions sont à remplir : a) que les entreprises sélectionnées dans le cadre de ces marchés déclinent effectivement leur RSE ; b) que la SGP soit elle-même transparente, sur l’impact, notamment l’empreinte carbone, des projets qu’elle aura financés. Or, comme le met en évidence le récent Rapport de Cambourg sur les informations extra-financières, il faut reconnaître que la qualité de ces data est encore à ce jour médiocre et problématique.

Les émissions de titres pour ce programme 100% vert (green EMTN) de la Société du Grand Paris, et plus largement, les récents engagements de la Région Ile de France à ne se financer qu’en GreenBonds concourent à ce que la France est aujourd’hui le premier pays émetteur d’obligations vertes dans le monde ((https://www.lejournaldugrandparis.fr/societe-grand-paris-met-place-programme-emtn-100-vert/)). « Bulle ou nouveau marché ? » interroge-t-il. Dans ce genre d’aventure, le reporting est clé. « Je communique sur l’allocation et sur mon impact en terme de CO2 évité. » L’éligibilité des projets et la légitimité du caractère « green » des coupons vendus aux investisseurs en dépendent. Parmi les indicateurs d’impacts retenus, il cite : une estimation ex-ante des émissions carbone évitées, calculées selon le GhG Protocol ; une estimation des économies d’énergies (en KWh) ; le nombre d’emplois directs et indirects créés le temps du /des chantier/s ; le nombre d’habitations autour des stations, suscitées par l’offre de transport nouvelle. Du côté des entreprises candidates aux appels d’offre, il observe que les démarches de RSE formalisées et renseignées ne sont pas encore assez répandues. Aussi, « Généraliser le concept de RSE est indispensable ». Autre défi : « Monétiser ce concept. Le « Green » n’a actuellement pas de prix. Or, je suis tenu d’avoir une comptabilité verte à l’intérieur de ma comptabilité classique ! » Ce n’est pas anodin : par exemple, « Enel s’est engagé ; si on ne matche pas, à la fin, le coupon du bond sera majoré. » Sa certitude est que « la donnée extra-financière est un actif avec un potentiel de valorisation considérable mais actuellement sans aucune garantie sur la pertinence et la qualité de cette information extra-financière ». Il plaide pour qu’elle soit au moins certifiée par un OTI.

4/ Côté entreprise, un cas d’école maintenant : le Groupe pétrolier Total dont les activités historiques sont foncièrement carbonées. Lors de sa communication aux investisseurs en septembre dernier à New-York, rappelle Bertrand Janus, CSR Reporting Manager à la direction de la communication financière, l’intégration de la « donne » climat dans sa stratégie et ses perspectives a été présentée. Une trajectoire en ligne avec l’objectif +2°c max. de l’Agence Internationale de l’Energie est dessinée. D’où l’évolution programmatique, anticipant les coûts à venir sur le CO2 émis, de son portefeuille d’activités pour un monde « bas carbone ». En atteste d’ores et déjà des résultats engrangés : -30% de GES émis selon son Rapport Climat de 2018 ((https://www.total.com/sites/default/files/atoms/files/total_climat_2018.pdf)), une baisse de 4Mt/an d’équivalent CO2 pour les émissions directes (sur les seuls scopes 1&2) entre 2015 et 2108 malgré la croissance du Groupe sur cette même période et une ambition « crantée » d’ici 2030 puis 2040, concernant l’intensité carbone des produits énergétiques commercialisés par Total. Depuis 2003 ce dernier répond chaque année au questionnaire du CDP (alias Carbone Disclosure Project, jusqu’en 2012, élargie à l’eau, la biodiversité après cette date). Récemment, le Groupe a publié un reporting de ses activités conforme aux préconisations de la TCFD ((https://www.total.com/sites/default/files/atoms/files/total_climat_2018_en.pdf)) et activement contribué au sein du WBCSD ((https://www.wbcsd.org/Programs/Redefining-Value/External-Disclosure/TCFD/Resources/Climate-related-financial-disclosure-by-oil-and-gas-companies)) aux efforts de son secteur pour qu’il s’aligne sur ces mêmes préconisations. Incidemment, il précise : « 15% de nos investisseurs sont ISR, et le reste mainstream ».

Deux scénarios sont objectivés depuis février 2019 : l’un (« Momentum ») est basé sur l’amélioration portée au cœur de ses métiers historiques (par l’adoption constante du meilleur état de l’art) et l’autre (« Rupture ») mise sur un « switch » significatif vers les énergies renouvelables et le stockage de l’électricité. Tenant compte des perspectives dressées par l’Agence Internationale de l’Energie, « Total s’engage dans une transition progressive, et non pas brutale de ses activités pour satisfaire aux besoins planétaires en énergie et ménager le climat » souligne Bertrand Janus. Intégrer le climat à la stratégie c’est en l’occurrence une évolution du portefeuille d’activités intégrant plus d’efficacité énergétique, une évolution du mix énergétique fourni avec d’abord plus de gaz puis d’ENR et une implication du Groupe dans toute la chaîne de valeur aval des marchés de l’électricité jusqu’au consommateur final. « La transition énergétique verra le gaz (et surtout le GNL) plus bas carbone que les produits pétroliers, ainsi que l’électricité bas carbone jouer un rôle croissant ; Total entend porter ses ventes de GNL à 50 millions de tonnes en 2025, ce qui contribuera à multiplier par 2,5 entre 2018 et 2025 le cash-flow de l’activité intégrée du GNL. Dans l’électricité bas carbone, Total prévoit d’investir 1,5 à 2 milliards $/an comme producteur d’électricité à partir de renouvelables & de gaz naturel et aussi servir davantage de clients comme distributeur. Hors Europe, notre intention est de tirer parti de la forte croissance de la demande électrique en investissant dans la production d’électricité renouvelable rentable, sur la base d’un business model économe en capitaux. Cette stratégie concourt à l’ambition du Groupe de réduire l’intensité carbone des produits énergétiques utilisés par ses clients, d’ici 2040 avec un objectif intermédiaire fixé pour 2030 ». Les business de la neutralité carbone font partie des activités en portefeuille de Total (cf Total Carbon Neutrality Venture abondé à hauteur de 400M$ d’ici 2023 par exemple ou encore, 100M$ d’investissement dans des programmes de reforestation et d’agro-écologie -« puits de carbone »- pour stocker quelque 5Mt CO2/an à l’horizon 2030) ; et par ailleurs, confortant cette trajectoire, des investissements sont prévus dans les biocarburants, bio-plastiques, recyclage du plastique, bornes de recharge pour les véhicules électriques et stations de gaz naturel pour camions et navires… Et enfin, la vente de ses actifs « les plus à risque » (quant à la réussite de la trajectoire en question). Selon Bertrand Janus, « malgré notre croissance externe et de nouveaux projets développés, on maintient pour 2025 l’ambition d’annuler la hausse de nos émissions directes liées à cette croissance. Quoique produisant et vendant plus d’énergie, l’intensité carbone du Groupe par unité produite et commercialisée sera contenue (objectifs : -15% entre 2015 et 2030, puis -25/30% en 2040). On voudrait que notre indicateur d’intensité carbone devienne un standard commun au secteur et qu’une régulation intelligente encadre mieux la transition incombant aux acteurs économiques.» Propre à Total, cet indicateur élaboré en 2018 est en partie inspiré du GHG Protocol https://ghgprotocol.org/). Pour comparer les portefeuilles, les projets, les produits… il faut, il est vrai, des unités de mesure non seulement justes mais de plus, analogiques et partagées.

5/ La métrique et les promesses associées intéressent aussi le régulateur. D’autant que les sociétés de gestion de portefeuille communiquent de manière croissante sur le piler environnemental. La transition implique donc une surveillance idoine de la part de l’AMF, qui constate que l’ISR n’est plus un marché de niche. D’abord veiller à la qualité de l’information fait partie de ses missions ; et puis, elle est chargée de l’agrément & du suivi des fonds -spécifiquement, les OPC- prenant en compte des critères extra-financiers. Observant à la loupe la communication des SGP, Bastien Rosspopoff, adjoint au Responsable de la division expertise juridique et gestion complexe à la Direction de la gestion d’actifs de l’AMF mentionne l’importance de la mesure, même incertaine. Il y a un réel mouvement collectif de prise en compte de critères extra-financiers par les plus grandes SGP, selon des approches très variées ; en particulier, à propos des GES, les allégations peuvent s’avérer contre-intuitives (par exemple : le gaz vs charbon, c’est moins de GES mais ce n’est pas neutre) ou recouvrir des réalités fort diverses (par exemple, l’empreinte carbone d’un portefeuille peut -ou pas- recourir à la compensation carbone -et toutes ne se valent pas, l’AMF a d’ailleurs publié un guide à ce sujet en mars 2019)-. Guider les SGP dans la formulation de leurs objectifs et le contrôle de leurs prestataires fait partie des besoins identifiés par l’AMF.

Car grande est la tentation, même chez les SPG ayant placé ce sujet au centre de leur gestion, de s’emparer des données GES des entreprises, via le cas échéant des collecteurs de données, des « prestataires carbone » ayant leur méthodologie maison, sans s’interroger sur leur mécanique et les modalités de calcul mis en œuvre pour arriver au résultat., qui forcément calibrent cette estimation.

 Classiquement, il convient de se poser les questions suivantes : quel est le périmètre du reporting (filiales, joint-ventures) ? Basé sur une approche statistique ou autre ? Quel scope (1,2,3) ? Quels sont les facteurs d’émissions considérés et les données d’activités pouvant expliquer les variations ? Le pouvoir de réchauffement global est rarement calculé, alors qu’il existe des outils pour le faire (cf facteurs de conversion issus des bases publiques de l’Ademe, par exemple).

Gare à sacraliser l’empreinte carbone : cette donnée, « retournée » par l’émetteur dans sa DPEF répond au besoin de pilotage financier de l’entreprise tandis que la SGP a besoin, elle, de comparer les entreprises sur cette incidence externe pour évaluer la performance extra-financière. Pour mémoire, le GhG Protocol déconseille la comparaison des émissions des émetteurs, notamment sur leur scope 3. Quant à l’indicateur de l’intensité carbone moyenne du portefeuille, en vigueur dans l’autre approche repérée par l’AMF, il présente lui aussi des avantages et des inconvénients (facilité de calcul vs difficultés d’interprétation). Ces démarches, mêmes tâtonnantes, sont nécessaires au regard de la finalité. Mais la compréhension intime des moyens utilisés pour tenir les promesses faites aux investisseurs et à la société nécessite quelques précautions, rappels à la prudence et, parallèlement, progresser. L’AMF développe son expertise pour aider les SGP à accompagner une transition effective via une communication véridique, de qualité.

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